La Nature morte

Définition 

Le terme de « nature morte » est donné aux tableaux qui représentent des objets et des choses inanimées telles les fleurs, fruits, légumes, gibiers ou poissons. L’objet témoigne du rapport de l’homme à la matière, de ses croyances et de sa vie quotidienne.

– Le réalisme Antique
Les premières natures mortes datent de la période hellénistique (3ème et 2ème siècle av. J.-C.) mais il ne nous en reste que des descriptions, aucune peinture n’ayant survécu jusqu’à nous. La nature morte de l’Antiquité possède déjà une autre ambition que celle du seul plaisir mimétique. On trouve ainsi assez fréquemment des mosaïques de natures mortes ainsi que des vanités dans les atriums d’été romains.

– Au Moyen Age : l’objet et le symbole

La représentation d’objets comme seul sujet d’une oeuvre disparaît au Moyen Âge. Ces objets ne sont  plus là pour leur existence propre, mais pour ce qu’ils symbolisent. Ils sont des symboles religieux et moraux compréhensibles par tous (ex : la pomme renvoie à Adam et au pêché originel…).

– 14ème siècle : le retour au réalisme

Dès le 14ème siècle, Giotto peint un lustre en trompe-l’oeil. Il introduit dans ses scènes religieuses de simples objets qui rendent l’espace plus familier. Peu à peu, un dessin plus précis, une observation rigoureuse du détail réaliste, la répartition des ombres et des lumières ravivent l’intérêt des peintres pour les objets. Il faudra toutefois attendre encore deux siècles pour voir s’imposer la représentation d’objets comme sujet d’une peinture.

– 17ème siècle

Dans le monde moderne, la nature morte naquit au 16ème siècle, mais se développa surtout à partir du 17ème siècle, dans les écoles du nord (Flandres et Hollande), toujours très enclines à représenter un réel cru. Elle se propagea ensuite en Europe, et en France particulièrement. Les objets représentés conservent certes leur symbolique religieuse, héritée des textes chrétiens, mais contrairement à la période médiévale, l’aspect esthétique de la peinture prend une importance primordiale, et la nature morte est l’occasion de prouver son habileté d’artiste et de répondre à la demande du public bourgeois qui aime à voir représenter les objets de la vie courante ou de luxe en peinture.

Un genre particulier de nature morte se développe au 17e siècle : la vanité. Les objets sont choisis pour évoquer la vie terrestre, ses plaisirs et ses excès, le temps qui passe, la brièveté de la vie, la mort par la présence d’un crâne.

– 18ème siècle
Il suffit de lire les textes de Diderot consacrés à Chardin pour s’apercevoir que le plaisir mimétique pur, inavoué au XVIIème siècle dans les vanités, s’affirme pleinement au 18ème siècle et pour se rendre compte que la représentation d’objets dans la peinture occidentale est constamment partagée entre le plaisir de la mimesis et celui de la symbolique.

– 19ème siècle : la nature morte et la modernité

À la recherche d’un art nouveau de jeunes artistes remettent en cause des principes académiques jugés trop rigides. Le choix des peintres s’étend librement à des choses ou objets banals et peu sollicités pour leur qualité esthétique comme la Botte d’asperges de Manet ou une Paire de souliers de Van Gogh. La nature morte devient un motif équivalent à la représentation d’un corps ou d’un paysage. Elle se prête particulièrement bien aux recherches plastiques des peintres sur l’espace, les formes et les couleurs.

– 20ème siècle
Ce qui définit le 20ème siècle est essentiellement le choix des sujets : de simples ustensiles domestiques, des fruits (non-exotiques), et de façon plus générale, des objets simples de la vie courante.

Étrangement, la nature morte traverse tout l’art du XXème siècle, alors que ce genre est perçu par la plupart des gens comme étranger à l’art contemporain. Bien entendu, le genre a évolué, et la représentation des objets n’est plus étroitement liée à une symbolique chrétienne comme elle le fut au 17ème siècle.
Quoi qu’il en soit, la nature morte est aujourd’hui partagée entre son lourd passé et son omniprésence au sein même de l’art contemporain. Si l’on voulait ouvrir le débat, il serait dès lors tentant de réfléchir sur le ready-made en tant que nature morte contemporaine. .

La question de la nature morte reste donc aujourd’hui encore, ouverte.

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